Accepter l'inacceptable... inévitable?


Lorsqu’une femme arrive dans un milieu non traditionnel, différentes réactions sont possibles. Le paternalisme, qui n’est pas nécessairement méchant, mais qui empêche la travailleuse de prouver réellement ce qu’elle vaut ou qui alimente le fait qu’elle est « différente ». La crainte vient souvent du fait que ce sont des milieux très compétitifs : « elle va venir voler nos “jobs” ». Le rejet est basé sur des préjugés et une culture qui est là depuis des décennies. Cela mène fréquemment au harcèlement et à l’isolement de la travailleuse. Ces domaines d’activités sont souvent reliés à la force physique et, pour certains, c’est un atout masculin. C’est donc, parfois, avec colère, humiliation ou frustration qu’on constate qu’une femme peut le faire.

Avant même d’avoir atteint le milieu, celle-ci a dû se battre pour son choix : contre sa famille qui s’inquiète ou n’approuve pas, pour être acceptée à l’école par certains professeurs rétrogrades ou contre certains étudiants qui pensent qu’elle n’a pas à être là. Se battre enfin, diplôme en main, pour atteindre ce milieu. Confronter la discrimination systémique des employeurs qui pensent qu’elle n’a pas la capacité, qu’elle va déranger l’équipe, qu’elle va se blesser, qu’elle ne sera pas capable de concilier travail-famille ou encore les préjugés sociaux qui font qu’un employeur te répond : « Je ne peux pas ma femme va me tuer » ou « Mes clients n’aimeront pas ça ». Plusieurs mois à se cogner le nez contre les portes, à être en difficultés financières, à confronter ceux qui lui rappellent constamment qu’on l’avait avertie et à remettre en question son choix.

Et enfin, quelqu‘un lui donne une chance, en lui faisant bien comprendre qu’on le fait avec réticence.

Pourquoi accepter l’inacceptable?

Parce qu’on veut faire partie de l’équipe. C’est juste une farce… On savait où on s’en allait; fallait s’attendre à ça… Parce qu’on est forte. Si l’on se plaint, ça va être pire. Ça a pris des mois avant qu’un employeur nous engage. Ça va renforcer les préjugés si l’on dénonce. On est capable.

Quotidiennement quand une femme arrive dans ces milieux, volontairement ou involontairement, elle se fait observer, analyser, tester. Les employeurs et les travailleurs sont portés à juger, à catégoriser et à se baser sur des préjugés.

Le déni de ces faits, dans ces circonstances, est compréhensible. C’est un mode de protection, un mode de survie. On entend souvent ces travailleuses dire qu’il n’y a pas de différence… Alors que, dans la même conversation, elles nous disent qu’elles doivent se prouver plus qu’un homme, que les employeurs favorisent les hommes, que si elles doivent concilier travail-famille, on leur rappellera que c’est pour ça qu’on ne voulait pas engager une femme, qu’elles n’ont pas d’équipement adapté ou encore pas de toilettes…

Parce qu’on sous-entend que c’est « normal » et que les hommes aussi subissent du harcèlement et qu'ils trouvent le travail difficile.

Acceptable? Pourtant si c’était leur femme, leur fille ou leur sœur qui subissaient cela, tous monteraient aux barricades. Pourquoi quand c’est leur collègue ou leur employée ça l’est?

Pour nous, c’est difficile à comprendre. Mais celles qui sont sur le terrain le vivent quotidiennement et savent qu’il y aura des impacts si elles dénoncent. Ces inquiétudes et ces angoisses sont réelles et justifiées : perte d’emploi, harcèlement, mauvaise réputation chez les autres employeurs, pression sur le terrain, rejet de la part de l’équipe, etc.

Ailleurs, c’est inacceptable. Pourquoi devrait-on l’accepter dans les milieux non traditionnels?

Inévitable? Non!

Collectivement, on doit dénoncer, sensibiliser, éduquer et légiférer. Parce que si personne ne se lève, qu’elles continuent à devoir accepter, qu’on pense que ça fait partie de la culture, est-ce qu’un jour ça va changer?

Parce que la pression de ces changements ne peut être que sur le dos de ces travailleuses. Parce que les institutions gouvernementales, les acteurs de ces milieux et la société ont des responsabilités. Parce que nous le devons à nos filles, nos nièces et aux futures travailleuses. Parce que comme femme, on doit prendre NOTRE place et permettre à d’autres de le faire aussi.


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